Introduction:

"Hunting Trophies" est un projet d'installation robotique présentant une collection de onze trophées de chasse accrochés au mur. Les trophées sont semblables à ceux que les chasseurs peuvent arborer dans leur salon mais il s'agit ici de bustes de robots.

Chaque robot possède son propre programme interne qui réagit avec l'environnement extérieur grâce notamment à son capteur infrarouge placé sur son torse. Il peut ainsi détecter la présence d'une ou plusieurs personne, mais également son déplacement.

Lorsqu'aucun spectateur se trouve face à cette collection d'espèces de robots, les trophées sont inactifs. Leurs yeux sont éteints, leurs têtes fièrement érigées vers le haut sont immobiles. Mais lorsqu'un spectateur s'avance, les robots se mettent soudainement à réagir à son approche. Ils tournent leur tête dans sa direction, leurs yeux s’allument, leurs bouches s’entrouvrent et ils comment à grogner.

Les robots peuvent suivre du regard et d'un mouvement de la tête le passage d'une personne à proximité. Si l'on s'approche plus, le robot se met alors à grogner, puis il devient de plus en plus agressif si l'on s'approche trop.

Au passage rapide d’une personne devant ce mur de trophées, une réaction en chaîne se produira telle une vague de protestation qui accompagnera le déplacement de ce spectateur. Les robots se calmeront lorsque l’agitation de la pièce s’apaisera ou lorsque les personnes s'immobiliseront.

En fonction de l’activité du spectateur les robots seront donc plus ou moins actifs et agressifs car c’est bien de cela dont il s’agit, exprimer leur mécontentement à avoir été chassés, traqués, tués, dépecés et exposés en icônes décoratives.

 

 

Quelques précisions:

Après avoir abordé les effets délétères et les dangers du clonage, de l'eugénisme et autres expérimentations animales dans Dog[LAB]01 et Dog[LAB]02, je m’attache ici à un problème bien plus proche de nous car nous y sommes directement acteur. Nous ne pouvons plus ignorer le problème et se soustraire à toute responsabilité en attribuant la prétendue et unique faute aux scientifiques, directeurs de laboratoires ou industriels.

Il est toujours surprenant de constater l'inégale considération portée aux humains et aux animaux, ou même entre les différentes espèces animales. Personne ne voudrait manger son animal de compagnie, pourtant la grande majorité ne semble voir aucun inconvénient à élever des animaux, quelles qu'en soient les conditions, pour son alimentation, son habillement, ses loisirs, ou effectuer toutes sorte d'expériences afin de créer divers produits superflus mais sécures.

Bien que l'idée de l'Animal-Machine de Descartes ait été depuis longtemps supplantée par l'idéologie utilitariste, l'animal n'en reste pas moins largement exploité, dénigré, bafoué et tué dans notre société actuelle. "La question n'est pas: peuvent-ils raisonner? Ni peuvent-ils parler? Mais bien peuvent-ils souffrir?", avance Peter Singer. Il prétend que parce que les animaux sont capables de ressentir la douleur, ils devraient se voir accorder les mêmes considérations morales que tout être sensibles.

Je ne suis pas aussi radicale et n'adhère pas à sa vision extrême de l'utilitarisme mais je consens à dire que l'utilisation d'animaux dans la recherche médicale devrait obéir au principe d'utilité tout comme je condamne la zootechnie et l'élevage intensif. Ce n'est pas parce que les expérimentations animales en médecine sont plus légitimes que nous avons le droit de traiter les animaux comme bon nous semble. La chasse n'y échappe pas, et bien que dénuée de tout principe d'efficacité et de rentabilité, on ne peut la légitimer par aucun principe d'utilité. Je conteste plutôt la souffrance et la cruauté à l’égard des animaux et remets en cause le principe de droit de vie ou de mort sur l’animal.

De nos jours, après nous être demandé si les animaux souffraient, nous nous demanderont s'ils peuvent penser et être le sujet de considérations morales... ce qui diminue les frontières entre l'homme et l'animal. Peut-être devrions-nous nous demander si c'est l'homme qui a apprivoisé l'animal ou si c'est l'animal qui s'est adapté à l'homme...? s'interroge Dominique Lestel dans "l'animal singulier".

On peut dire que mes préoccupations sont similaires à celles qui motivent l'Art biotech ou l'Art génétique en général, à la différence près que je le fais de façon métaphorique avec mes robots, mon medium n'étant pas le vivant comme SymbioticA , Eduardo Kac, Stelarc, Marta de Menezes, Art Orienté Objet... mais les questionnements sur la relation Homme-Animal et Humain-Non Humain.

Comme le souligne Jens Hauser dans son texte: Derrière l'Animal l'Homme? – Altérité et parenté dans l'art biotech': selon Derrida, il est urgent de "s'élever contre la façon dont les animaux sont traités: dans l'élevage industriel, dans l'abattage, dans la consommation, dans l'expérimentation", car "cette violence industrielle, scientifique, technique ne saurait être encore trop longtemps supportée." C'est précisément ce regard-là que je voudrai essayer d'accorder à l'animal par l'intermédiaire de ces trophées à qui je redonne un instant droit de vie, de parole et de jugement. Mais notons également que dans cette installation, le fait que ces animaux soient des robots aborde également d'autre problématiques. Même s'ils sont ici support pour exprimer des questionnements sur le droit des animaux et que l’on est dans la représentation, ils n’en restent pas moins robots et engendrent de ce fait diverses interrogations sur leurs qualités, leur fonctions et leur intégration dans la société.

On pourra ainsi s’interroger sur le fait que ces espèces présentées soient des robots. Y a-t-il différentes espèce de robots? Combien? Des espèces rares? En voie de disparition? Comment sont-elles regroupées? Sont-elles le témoin d’un monde futur où les robots androïdes seraient en voie de disparition? Ou au contraire qui auraient supplanté les vrais animaux telle la célèbre vision de Philip K.Dick? Auront-nous bientôt besoin d'une Susan Calvin, la célèbre robopsychologue des romans d’Isaac Asimov? A noter que la clinique du AIBO (le robot chien de Sony) existe déjà ...! On peut ainsi s’interroger comme le fait Frédéric Kaplan dans "Machines apprivoisées" sur la place que ces étranges créatures pourraient un jour tenir dans notre société. Mais aussi… peut-on tuer des robots? Plus impunément que des animaux? Lesquels ont et auront le plus de valeur? De respect? De droits? Autant de questions qui restent en suspend et qui ne sont pas prêtes de se voir attribuer des réponses claires et unanimement admises si l'on se réfère au modèle animal.


Les trophées:

Les trophées sont réalisés à partir de robots chiens I-Cybie de Silverlit, et non à partir du célèbre Aibo de Sony, qui possède déjà un logiciel de programmation. En ce qui concerne le piratage nécessaire à la programmation de ces robots, il s'agit exactement du même procédé que celui déjà utilisé pour Dog[LAB]01, les programmes ici seront bien entendu différents. Les pattes sont également retirées, la carapace remodelée en résine, les cornes rajoutées et toutes les modifications morphologiques nécessaires suivant les espèces. Le socle est en bois découpé, chanfreiné et vernis tel celui des trophées de chasse classiques.


Les différentes espèces:

Les trophées au nombre de 11, comportent 11 espèces différentes. Il s'agit des espèces les plus communément utilisées en taxidermie pour la réalisation de trophées muraux, notament les cervidés et les félins.

 

CERVUS ELAPHUS BARBARUS
(Cerf d’Afrique du Nord)
collection privée
AEPYCEROS MELAMPU
(Impala)

ANTILOPINAE
(Antilope)
collection privée
ALCES
(Orignal)
RHINOCEROS UNICORNIS
(Rhinocéros d’Asie)
PANTHERA LEO
(Lion)
collection privée
PANTHERA PARDUS
(Léopard)
collection privée
PANTHERA TIGRIS
(Tigre)
collection privée
LYNX RUFUS
(Lynx roux)
EQUUS BURCHELLII
(Zèbre de Burchell)
PHACOCHOERUS AFRICANUS
(Phacochère d’Afrique)

 

 
SPINA SOLO
 
SPINA FAMILY

 

Fonctionnement:

Chaque robot peut:

- Éteindre ses yeux ou les allumer en rouge, orange ou vert.
- Tourner la tête à gauche et à droite
- Baisser ou monter la tête, le cou est mobile.
- Ouvrir et fermer sa bouche.
- Émettre toutes sortes de sons et grognements.

Lorsque aucun spectateur se trouve face aux trophées, les robots sont inactifs. Leurs yeux sont éteints, leurs têtes fièrement érigées vers le haut sont immobiles. Mais lorsqu'un spectateur s'avance, les robots se mettent soudainement à réagir à son approche. Ils tournent leur tête dans sa direction, leurs yeux s’allument, leurs bouches s’entrouvrent et ils comment à grogner.

Les robots peuvent suivre du regard et d'un mouvement de la tête le passage d'une personne à proximité. Si l'on s'approche plus, le robot se met alors à grogner, puis il devient de plus en plus agressif si l'on s'approche trop.

Au passage rapide d’une personne devant ce mur de trophées, une réaction en chaîne se produira telle une vague de protestation qui accompagnera le déplacement de ce spectateur. Les robots se calmeront lorsque l’agitation de la pièce s’apaisera ou lorsque les personnes s'immobiliseront.

En fonction de l’activité du spectateur les robots seront donc plus ou moins actifs et agressifs car c’est bien de cela dont il s’agit, exprimer leur mécontentement à avoir été chassés, traqués, tués, dépecés et exposés en icônes décoratives

Spina Solo:
Spina Solo est un trophée réalisé à partir d'une queue de robot. Il montre l'autre côté de l'animal, mais duquel...
Cette queue se met à effectuer un mouvement de va-et-vient de haut en bas à l'approche du spectateur.
Plus la personne s'avance, plus la vitesse de battement augmente.

Spina Family:
Spina Family est composé de 13 queues, qui ne sont pourtant pas immédiatement identifiables comme telles. Ces organismes simples peuvent faire penser à des queues, mais aussi à des doigts, des langues.. ou encore à une colonne vertébrale.
Il s'agit surtout d'évoquer l'idée d'animaux simples vivant en colonie ayant des comportements individuels simples (mouvement de battement verticaux, seules la vitesse et l'amplitudesont variables) générant des comportement de groupe plus évolués.
Le passage du spectateur déclenche de petites séquences de groupe pré-programmées, telles un dialogue entre les différentes queues, ou un comportement de groupe tel une ola, ou encore des séquences plus rythmiques.

 

Installation:

 


Festival VIA - 2008

Exposition personnelle "Curiosité Artificielle" Galerie Numersicausa - Paris - 2008

Exposition Black Box Gallery - Linz -Autriche - 2009


Exposition "Nouveaux Monstres" Gare Saint Sauveur - Lille - 2009

 

 

Vidéo:

 

Emission Bulle d'Art
Reportage lors de l'exposition "Dessine-moi un Mutant"

La Scène numérique - Aix-en-Provence - 2009

Voir la vidéo sur Youtube

Site des émissions Bulle d'Art : www.bulledart.fr


 

Hunting Trophies © France CADET

extrait vidéo

 

Hunting Trophies © France CADET

Vue d'exposition VIA & EXIT 2008

 

Spina Family © France CADET

Vue d'exposition "Curiosité artificielle"
Galerie Numeriscausa - Paris 2008


 

 

Reportage de Véronique Godé pour Arte.tv

Voir le reportage en grand format
Lire l'article

 

Extrait d'interview réalisé par Véronique Godé

Article complet et vidéos sur le site de Fluctuat.Net


 

Partenaires:

Projet soutenu par Seconde Nature

 

--> "Hunting Trophies" dans la presse:
- "Slick, Fiac, Show off et autre diva" - Arte tv - Véronique Godé - 3 Novembre 2008 (français)
- "Curiosité Artificielle" - Arte tv - Véronique Godé - 20 octobre 2008 (français)

- "Entrez dans Exit" : Véronique Godé - Fluctuat Net - Avril 2008.
-
"Des festivals qui décoiffent." : Avantages - Avril 2008.
-
"De l'hybride dans l'Art." : Cathy Blisson - Sortir Telerama - 26 Mars 2008.
- "Un festival qui bouleversera vos sens" : Guy Duplat - La Libre - 26 Mars 2008.
- "Un réel peut en cacher un autre" : Jean-Marie Wynants - Le Soir - 21 Mars 2008.
- "Via: bain électro" : Marie Lechner - Libération - 18 Mars 2008.
- "Zoom : Portraits-robots de trophées": Astrid Girardeau - Ecrans - Libération - 17 Mars 2008.
-
"Les manipulations robotiques de France Cadet." : Cathy Blisson - Sortir Telerama - 27 Févier 2008.
- "Exhibit proposes new amenities for downtown life." : Kurt Shaw - Pittsburgh Tribune-Review - 24 Février 2008.
-
"Art Review: 'Urban Living' gadgets electrify" : Mary Thomas - Pittsburgh Post-Gazette - 6 Février 2008.
--> "Hunting Trophies" sur Internet:
- "Hunting Trophies" : We Make Money Not Art - Régine Debatty - 29 Février 2008 (anglais)
- "Robot taxidermy provokes thoughts, awwws" : Engadget - 29 février 2008 (anglais)
- "Robotic Hunting Trophies – Every wall should have one" : Gizmodo - 29 Février 2008 (anglais)
- "Show Those Robots Who’s Boss With A Hunting Trophy" : Oh Gizmo - 29 Février 2008 (anglais)