Sortie - Telerama - 19 février  2015
Expos - Décryptage


France Cadet: moitié femme, moitié robot

Par ses installations multimédias, l'artiste française, scientifique de formation, met le public en relation directe avec les robots.

Qui ? Quittant la filière scientifique, France Cadet se tourne vers l'art pour explorer les possibilités de la robotique. Elle conçoit des installations et des dispositifs multimédias montrant la relation complexe et ambiguë entre le vivant et l'artificiel.

Quoi ? Les robots de France Cadet expérimentent des activités humaines et des plaisirs sociaux. A l'entrée de l'expo, un robot chat, assis devant un écran plat, regarde le film Le Monde de Nemo. Les évolutions du petit poisson suscitent parfois un geste, un miaulement. Une planche anatomique montre le squelette de l'animal. D'autres sérigraphies révèlent son système cardio-pulmonaire et digestif. Pour le découvrir, il suffit de gratter sa carapace robotique ou de lire le QRcode avec son Smartphone. Avec la nouvelle série de photos numériques et interactives Robot mon amour, France Cadet se met en scène sous l'apparence d'un gynoïde, mi-femme, mi-robot. En touchant ou en caressant certains de ces êtres hybrides, le spectateur peut provoquer un battement de coeur, un frisson ou le bruissement des ailes d'un papillon posé au creux d'une main.

Comment ? Elle utilise un robot chien du commerce, le Tiger & Silverlit, sur lequel elle pratique des actes de chirurgie électroniques, le reprogrammant afin de lui faire adopter des comportements singuliers pour un robot. Si elle aborde des thématiques sérieuses (le clonage, l'eugénisme, les expérimentations animales), France Cadet adopte un ton volontiers ironique.

Pourquoi ? « C'est à travers l'humour que s'opère le détournement. » Détournement de l'objet et du discours scientifique. Sans militer ni choquer, elle cherche à engager le débat avec le public par le jeu de l'interaction avec ses créatures.

Thierry Voisin