Mensuel SMH - Février 2014 - Page 17




Lien Web: Article en ligne + photos + vidéo


Quand l’art et les sciences s’entremêlent

France Cadet est une artiste française qui explore la robotique et les nouveaux média. Elle présente son expo Robot mon amour à l’espace Vallès qui comporte notamment une série de photographies la mettant en scène dans la peau d’une créature mi-femme mi robot. Entretien.

Emeric Merlin : Après une formation initiale en mathématiques et physique, vous avez choisi de vous orienter vers l’art et la création. Expliquez-nous la relation qui existe entre votre approche scientifique et votre travail artistique.

France Cadet : J’ai toujours été passionnée par le fonctionnement du monde et de l’être humain. Enfant, je démontais mes jouets pour comprendre comment ils fonctionnaient. C’est dans cet esprit que j’ai débuté des études scientifiques avant d’intégrer une école d’arts. Aujourd’hui, mon travail artistique et mon intérêt pour les sciences s’entremêlent. Ce qui m’attire, c’est la relation entre l’homme, l’animal et la machine, entre l’humain et l’artificiel. Par ailleurs, depuis le début de ma carrière, je développe des systèmes interactifs pour mettre en relation le public avec mes œuvres. J’use donc des sciences pour créer.

Les avancées technologiques, notamment en matière de robotique, sont l’objet de tous les fantasmes. Selon vous, il convient d’en être admiratif ou anxieux ?

Je m’intéresse beaucoup aux évolutions des biotechnologies et des conséquences qui en résultent. Pour autant, je n’ai ni de vision manichéenne ni une approche militante concernant le clonage, l’utilisation de robot ou encore l’eugénisme. Si je trouve que les avancées technologiques sont fantastiques, et même poétiques parfois, il existe une peur légitime quant à la technologie qui échapperait à son créateur comme dans la pièce de théâtre R.U.R de Karel Čapek (auteur tchèque du début du XXe siècle à qui on doit le mot robot ndlr).
C’est d’ailleurs pour cette raison que j’utilise l’ironie pour traiter ces sujets avec un peu de distance. À travers mes œuvres, mon souhait est avant tout de donner des pistes de lecture au public pour qu’il puisse se saisir du débat et avoir sa propre opinion.

Présentez-nous votre exposition Robot mon amour que le public Martinérois pourra découvrir à l’espace Vallès du 30 janvier au 8 mars ?

Cette exposition permettra aux spectateurs de découvrir mon univers artistique à travers des œuvres extraites de différentes expositions. Je présenterai notamment une série de seize photos, dont deux sont interactives, dans lesquelles je me mets en scène ironiquement dans des représentations de type science-fiction. Le public pourra également "rencontrer" Nemo, le robot poisson qui nage imperturbablement à l’intérieur de l’écran qui représente son aquarium, Gaude Mihi, le robot à bascule et deux trophées de chasse où les chiens robots grognent à mesure que le spectateur s’en approche. Il y aura également une création originale : une projection holographique. D’autres œuvres interactives seront également visibles dans cette exposition qui explore les frontières entre le naturel et l’artificiel.