Planète Robots #83 - Mai/Juin  2015
Evènements


Robot pour être vrai

Les Robots mis à nu.

Un robot chat qui miaule, balance la queue en rythme et se distrait en regardant Le monde de Nemo, le célèbre film de Disney-Pixar qui raconte les aventures d'un petit poisson-clown... Et sous l'écran se trouve un panneau avec la mention Ne pas nourrir ou toucher les animaux!

L'entrée dans le monde de France Cadet se fait donc avec humour Mais l'artiste, qui profite de cette œuvre - intitulée Do Robotic Cats Dream of Electric Fish? pour faire un clin d'œil au pape de la science-fiction Philip K Dick, fait également réfléchir les visiteurs sur le statut des robots. Dans un avenir proche, peut-être auront-ils envie d'expérimenter des plaisirs humains comme la télévision? Robot pour être vrai - voilà un thème d'exposition qui joue sur les mots et s'inspire d'une citation de Jacques Prévert: « Le progrès: trop robot pour être vrai ».Une façon également de s'interroger sur notre perception du réel... « La technologie est intégrée à nos vies, il est difficile de s'en détacher. Qu'est-ce qui est réel ou artificiel aujourd'hui? De la nanotechnologie intégrée dans un corps humain, est-ce réel? Un moteur à protéines dans un robot est-ce artificiel? C'est l'intelligence artificielle qui nous fait peur », analyse France Cadet Par le biais de ses sérigraphies, de ses dessins, de ses animations 3D ou de ses photographies numériques, elle explore les frontières de plus en plus floues entre le vivant et 'artificiel. Chairs et mécaniques se mêlent... Les robots chiens ont soudain des organes ou des squelettes humains comme dans une de ses œuvres qui transpose une planche anatomique du XVlle siècle à l'ère du cyborg.

LA DÉSOSSEUSE DE ROBOTS

Cet intérêt pour les questions scientifiques remonte à l'enfance de France Cadet. Toute petite, elle aimait déjà comprendre le fonctionnement des choses et de l'être humain. Elle entama des études de physique avant d'intégrer l'École supérieure d'art d'Aix-en-Provence. Un atelier de robotique venait justement de s'y ouvrir... Aujourd'hui, elle le dirige et permet aux étudiants de s'initier au maniement de la découpe laser et de l'imprimante 3D ou encore à la programmation.

L'art lui permet de concilier ses deux amours, la science et la technologie. Et les robots sont devenus un thème central de son œuvre: la découverte du robot chien 1-Cybie (de la société Tiger Silverlit Hasbro) a créé le déclic. Elle l'a désossé, transformé en chat, en porc ou en vache et a ajouté de l'électronique sur sa carte mère pour le modifier « Au début le robot servait de support à mes œuvres. Puis j'ai commencé à m'intéresser aux robots pour leurs qualités intrinsèques - mais aussi pour les débats qu'ils provoquent, en effet ils deviennent de plus en plus intelligents... Vont-ils accéder aux plaisirs sociaux? De plus, nous sommes aujourd'hui toujours habités par cette peur ancestrale de la perte de contrôle », nous confie France Cadet.

"France Cadet joue avec les clichés de la représentation du robot à travers ces autoportraits d'un nouveau genre. Proposant des beautés glacées, ils rappellent les graphismes d'Iron Man ou de certains mangas japonais."

UN AMOUR DE ROBOT

Cette rétrospective présente également une toute nouvelle série, baptisée Robot mon amour

Dans ces photographies numériques, l'artiste se met en scène sous les traits d'un gynoïde (un robot à l'apparence de femme) en respectant les standards esthétiques de la science-fiction. Certaines des œuvres sont interactives, grâce à des capteurs tactiles: en caressant le bras d'un gynoïde, vous provoquerez le battement d'ailes d'un papillon animé par un muscle artificiel tandis qu'un autre s'illuminera à votre contact... «J’aime bien que la technologie soit cachée. Même si c'est moi qui réalise tout, le défi technique ne doit pas être exposé... C'est avant tout une œuvre d'art! »

OBJET ÉROTIQUE?

France Cadet joue avec les clichés de la représentation du robot à travers ces autoportraits d'un nouveau genre. Proposant des beautés glacées, ils rappellent les graphismes d'Iran Man ou de certains mangas japonais. Mais France s'intéresse également à l'érotisme robotique, qu'elle met en scène par l'intermédiaire de la sculpture en impression

3D. Si l'artiste aime utiliser des représentations connues pour se les approprier et les détourner (comme avec 1'l-Cybie), elle aime également créer ses propres robots grâce à cette technique. « L'imprimante 3D pose la question même de la création: on se rapproche alors du travail du sculpteur », souligne-t-elle. En détournant la leçon de séduction d'une marque de lingerie, elle interroge en fait de façon subversive la sensualité des robots. Et à l'instar de certains hubots de la série Real Humans, vont-ils devenir nos nouveaux esclaves sexuels? « La beauté des robots est pour moi simplement fonctionnelle, un peu à la Léonard de Vinci », assure France Cadet.

La dernière partie de l'exposition dévoile l'anatomie interne d'un gync(de grâce à une animation 3D. Une dissection qui peut se révéler fascinante preuve que nos critères esthétiques ont évolué: « On ne cherche plus à faire du réalisme aujourd'hui. Le rapport entre la technologie et le corps ont changé. Prenons donc l'exemple de The Alternative Limb Project, qui propose des prothèses personnalisées en bois ou ornées de motifs...»

Verdict: les robots n'ont pas fini de nous faire fantasmer!

Coralie Baumard


Robot pour être vrai: jusqu'au 31 juillet au Cube (20, cours Saint-Vincent, 92130 Issy-les-Moulineaux; tél.: 01 58 88 30 00).