Edition Internet
Lundi 17 mars 2008.

Zoom : Portraits-robots de trophées.

par Astrid Girardeau.


ALCES et CERVUS ELAPHUS BARBARUS


Auteur d’un art génétique métaphorique où elle aborde les questions du clonage et de l’eugénisme sur des robots (Dog(LAB01), Dog[LAB]02, CopyCat, etc.), France Cadet propose Hunting Trophies, une installation de 11 cyber-tableaux de chasse, actuellement exposée au Festival Via (Maubeuge). Avec ce projet, elle quitte laboratoires et industriels pour (s’)interroger sur la question, plus générale et plus proche de chacun, de « l’inégale considération portée aux humains et aux animaux ».

A la place des animaux empaillés, elle a placé des bustes de robots (lion, rhinocéros, antilope, etc.) munis d’un capteur infrarouge. Chacun est programmé pour réagir à sa façon à l’activité de l’environnement extérieur. Seuls, sans présence humaine, les trophées sont inactifs, les animaux sont immobiles, les yeux éteints. Lorsque quelqu’un s’approche, ils se mettent à s’agiter, leurs yeux s’allument (en rouge, orange ou vert), leurs bouches s’ouvrent pour émettre toutes sortes de sons et de grognements. Plus le spectateur se rapproche, plus ils deviennent agressifs. « Il s’agit d’exprimer leur mécontentement d’avoir été chassés, traqués, tués, dépecés et exposés en icônes décoratives », raconte l’artiste française sur son site.


Les onze trophées de Hunting Trophies

Dans une présentation très détaillée du projet, elle explique « consentir à dire que l’utilisation d’animaux dans la recherche médicale devrait obéir au principe d’utilité tout comme je condamne la zootechnie et l’élevage intensif. (...) La chasse n’y échappe pas, et bien que dénuée de tout principe d’efficacité et de rentabilité, on ne peut la légitimer par aucun principe d’utilité. Je conteste plutôt la souffrance et la cruauté à l’égard des animaux et remets en cause le principe de droit de vie ou de mort sur l’animal. » Elle cite Derrida selon qui il est urgent de « s’élever contre la façon dont les animaux sont traités : dans l’élevage industriel, dans l’abattage, dans la consommation, dans l’expérimentation », car « cette violence industrielle, scientifique, technique ne saurait être encore trop longtemps supportée ».

Mais, en remplaçant les animaux par des robots, elle souhaite ouvrir la problématique sur la place des robots aujourd’hui et demain dans notre société, leur valeur (« peut-on tuer des robots ? ») et leurs droits : « y a-t-il différentes espèce de robots ? Combien ? Des espèces rares ? En voie de disparition ? Comment sont-elles regroupées ? Sont-elles le témoin d’un monde futur où les robots androïdes seraient en voie de disparition ? Ou au contraire qui auraient supplanté les vrais animaux telle la célèbre vision de Philip K. Dick ? Aurons-nous bientôt besoin d’une Susan Calvin, la célèbre robopsychologue des romans d’Isaac Asimov ? A noter que la clinique du AIBO (le robot chien de Sony) existe déjà ... ! »


PANTHERA PARDUS en colère - DR


Au festival Via, qui se déroule jusqu’au 23 mars à Maubeuge, elle présentera également l’installation Do robotic cats dream of electric fish ?, mettant en scène un robot poisson nageant à l’intérieur d’un écran-aquarium, et un robot chat, assis en face, et réagissant comme un vrai chat devant un vrai poisson. Les deux installations seront ensuite exposées, du 28 Mars au 6 avril, au festival EXIT08 à la Maison des Arts de Créteil.

 

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