Edition papier
Week-End, Samedi 24 novembre 2007, p. 41

Exposition «Le gode n'est pas un substitut du phallus mais de la main, une main améliorée survoltée.»

 

«Le gode n'est pas un substitut du
phallus mais de la main, une main
améliorée survoltée. L'embêtant c'est
sa forme, obstinément phallique. Un
progrès de plus serait d'en inventer
des mieux. Des marrants. Des
étranges. Des surprenants. Des
impensables. Des incroyables mais
vrais délurés godelureaux !» Une
soixantaine d'artistes réinventent le
sextoy, fantaisiste, poétique,
politique, à la galerie Pascal
Vanhoecke dans le cadre de
l'exposition «Gaude Mihi», «réjouismoi
», ou l'expression latine pour dire
godemiché sans avoir l'air d'y
toucher.
Les médecins du XIXe siècle y
recouraient pour soigner l'hystérie
féminine, en provoquant un
«paroxysme hystérique», plus
prosaïquement, un orgasme. En
quittant le cabinet pour le domicile
privé, nous apprend le documentaire
  éloge à la masturbation du vidéaste
Jean-Paul Fargier, le vibromasseur
s'est camouflé en appareil
électroménager, et ressemble alors à
un fer à repasser. Aujourd'hui le dildo
(avec la clé USB) s'exhibe comme le
plus chic des accessoires. Dans les
vitrines de la galerie, il prend les
formes les plus variées : les Effleur
madame, nez moulés en silicone
d'Enna Chaton rangés dans des étuis,
jouent sur les sens. Les jeux d'enfants,
ces pervers polymorphes, sont
vicieusement détournés, comme ces
ballons sauteurs de France Cadet
pourvus d'un troisième manche
ou
cette excentrique collection de
Joysticks, godes construits en briques
de Légo d'Adrien Vescovi. Oh My Dog
! de Lydie Jean-Dit-Pannel (photo)
nous révèle le potentiel lubrique des
joujoux en caoutchouc pour chiens et
laisses en cuir cloutés,
insoupçonnable panoplie SM. Joan
Jones propose une jouissive séance
  d'épilation maillot d'un pubis
masculin. Rayon bricolage, Thierry
Joseph suggère un manuel pour
monter soi-même sa «pompeuse» en
kit et Joël Hubaut explique avec force
croquis comment faire de sa voiture
une mécanique masturbatoire.
D'autres ont les boules, comme ce
harnais imaginé par Antonella
Paradiso aux scrotums démesurés,
symbole de fertilité, côtoyant des
«Origines du monde» revisitées
version escargots «lubrillants» ou
augmentées d'un phallus revolver.
Samedi, dans le boudoir de «Gaude
Mihi», un cuisinier, des conteuses qui
susurreront à l'oreille des textes
érotiques, une performance de
Catherine Baÿ et une chanson slave
sur la sève qui monte au printemps.
«Gaude Mihi», à la galerie Pascal
Vanhoecke, 21, rue des Filles-du-
Calvaire, 75003. Finissage et
performance samedi de 16 h à 21 h.
Rens.: www.gaudemihi.net