Vendredi 21 mars 2008


par JEAN-MARIE WYNANTS

« Un réel peut en cacher un autre »

LE PROGRAMME « IMMERSION » propose voyages dans le son, sculptures digitales et réalités virtuelles accessibles à tous.

D'une voix douce, Dmitry Gelfand invite les visiteurs à le suivre dans une chambre noire où chacun est convié à s'asseoir au plus près d'une petite structure circulaire. « Maintenant, annonce-t-il, nous allons attendre deux minutes pour que nos yeux apprivoisent l'obscurité. »
Celle-ci est totale. Les enfants serrent un peu plus fort la main des parents ou rient sous cape. Les adultes se demandent où l'on veut en venir. Puis Dmitry prévient : « Regardez bien, maintenant ! » Et voici qu'apparaissent d'étranges petites lueurs blanchâtres. « J'ai vu un gros rond », murmure un enfant. « Moi une tête », affirme un autre. Seule certitude, quelque chose apparaît…

« Ce que vous avez vu, explique Dmitry, ce sont les vibrations sonores environnantes transformées en émissions lumineuses. » Autrement dit, nous venons de voir du son. Et ce n'est là qu'une des surprises du parcours Immersion proposé par le festival Via.

Comme chaque année, l'Espace Sculfort, à la sortie de Maubeuge, se transforme en caverne d'Ali Baba mâtinée d'atelier du docteur Frankenstein. S'emparant des dernières innovations technologiques, des artistes inventent des univers déroutants remettant en cause notre façon de percevoir les choses.

Les plus jeunes se sentent immédiatement à l'aise dans ces univers virtuels. Les aînés, un peu dubitatifs, se prennent rapidement au jeu.

Son, lumière et espace

Sur une table lumineuse, petits et grands font glisser des formes géométriques qui produisent une étonnante gamme de sons. Le Reactable du Music Technology Group permet de créer de la musique électronique et de visualiser celle-ci sur écran.

Dans un autre style, France Cadet aligne sur un mur une série de trophées de chasse. Mais au lieu des têtes de cerf et de sanglier habituelles, ses animaux mutants se mettent à grogner, bouger ou nous suivre des yeux dès qu'on s'en approche.

Plus poétiques, les sculptures de Paul Friedlander sont constituées d'images projetées sur des éléments mobiles tournant sur eux-mêmes à grande vitesse. Un développement fascinant de l'art cinétique. On peut aussi plonger dans l'étonnant espace Equalize Me ! où son, lumière et espace se renvoient la balle. Sans oublier le très beau mélange de sons captés à New York par Stephan Crasneanscki et accompagnant les images vidéo de l'artiste urbain Rostarr en pleine création. Un spectacle qu'on découvre installé sur une myriade de coussins rouges posés sur le sol.

Mais ici, aucun risque. Contrairement à l'installation piège de Pierrick Sorin, rien ne menace de venir vous brûler les fesses. Car dans le monde virtuel aussi, il y a des dangers. Virtuels, évidemment.

Article en ligne sur le site lesoir.be