01 octobre 2009


par Claude Lorent

« Monstres ludiques et interactifs »

LE PROGRAMME « IMMERSION » propose voyages dans le son, sculptures digitales et réalités virtuelles accessibles à tous.

A Lille, dans la gare Saint-Sauveur, les monstres technologiques amusent la galerie plus qu'ils n'effrayent.
Dans ce nouveau lieu, la gare Saint-Sauveur, réhabilité en mars dernier pour l’ouverture d’Europe XXL et dédié à la culture, se juxtaposent plusieurs expositions; la principale est consacrée aux "Nouveaux Monstres", entendez simplement les images issues des nouveaux moyens technologiques, généralement interactifs, ou plus simplement les grandes peintures apparentées au mode onirique du graphisme, de l’animation, cinématographique ou pas, voire des BD et autres Commic’s tendance.

D’emblée il faut souligner que toutes ces activités sont d’un accès gratuit et dès lors qu’elles drainent à juste titre un très large public, principalement jeune vu la thématique principale, mais aussi très familial ! Pour se forger une place dans le XXIe siècle et pour redresser la tête, la Ville de Lille, bien éprouvée comme tout le Nord par le déclin industriel, a délibérément misé sur la culture et vise à y intéresser le public le plus vaste possible. Un pari d’autant plus audacieux qu’il est rare, mais si l’on en juge par la participation massive de la population, un pari qui est en train de se gagner ! Exemple à suivre en projetant sur le moyen terme ?

D’entrée de jeu, dans la grande nef de l’ancienne gare plongée dans l’obscurité, on hésite face au flot sonore et visuel. Exposition artistique, zone de divertissement, surenchère visuelle un peu de tout à la fois en débordement complet de toutes les catégories et surtout des hiérarchies. On est happé par ces expressions souvent marquées de sceau du gigantisme et de la projection grand écran accompagnée de la sonorité qui n’hésite jamais à en remettre une couche. L’ambiance générale est électrique, et va de la fascination à la répulsion (mais pas trop) pour les cœurs très sensibles, car le tout est plutôt ludique. Comme il est dit et démontré, ce qui fait peur, du fantastique à l’horreur, attire par on ne sait quel mécanisme mental. Les amateurs seront aux anges.

D’une réalisation à l’autre, on passe des robots mécaniques et cliquetis énervants aux accumulations d’images vidéos totalement déformées, des puissantes vibrations lumineuses (style Ann Veronica Janssens) aux jeux d’ombres dans lesquelles on peut s’inscrire, des échanges inattendus de visages aux plantes suspendues sonores ou au grand écran à effets cinématographique du Belge Boris Debackere, un dispositif dans lequel la position du visiteur détermine la création du son et de l’image projetée.

La part la plus artistique de cet ensemble distrayant qui correspond parfaitement à un certain type d’attraction spectaculaire générée par les développements technologiques, ce sont les nouveaux monstres, est assumée par Pierrick Sorin, un pionnier en la matière qui, cette fois, y va sans réserve et généreusement, sur très grand écran, dans les dégoulinades de la peinture. Egalement par France Cadet dont les amusants trophées robotiques sont agités par les interventions des spectateurs, qui sont sans cesse sollicités à participer.

Dans le même espace et en complément de l’exposition, on pourra visiter les cinq chambres de l’Hôtel Europa à condition de se déchausser, car pénétrer en ces antres conçus par des artistes, c’est entrer dans des univers où le fantasmé supplante souvent toute réalité, où la fiction occupe le devant de la scène et où les décors mirifiques, psychédéliques, bizarres, entraînent dans des sphères où l’excentrique le dispute à l’onirique, surtout dans la yourte du réputé styliste designer moscovite Denis Simachev. La nouvelle chambre - que l’on peut louer comme les autres - a été confiée aux Melodic’s Monsters, auteurs d’un environnement musical et visuel plutôt halluciné, voire même éprouvant.


Article en ligne sur le site lalibre.be